scenographies

La souche

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A nous deux maintenant, 2017

“La souche” est une scénographie conçue par Nadia Lauro pour la performance A nous deux maintenant de Jonathan Capdevielle, d’après le roman Un crime de Georges Bernanos.
“La souche” un dispositif qui intensifie visuellement les ramifications et entrelacements omniprésents dans ce polar tentaculaire.
“La souche” est une sculpture arborescente qui se déploie au-delà du cadre de scène du théâtre. Vénéneuse reproduction fidèle d’un sujet bi-centenaire extraordinaire du jardin botanique de Lisbonne, elle implique également un envahissement invisible de l’espace sous-terrain.

Nadia Lauro – La souche - La souche 2017
Nadia Lauro – La souche - La souche 2017
Nadia Lauro – La souche - La souche 2017
Nadia Lauro – La souche - La souche 2017
Nadia Lauro – La souche - La souche 2017
Nadia Lauro – La souche - La souche 2017
Nadia Lauro – La souche - La souche 2017
Nadia Lauro – La souche - La souche 2017
Nadia Lauro – La souche - La souche 2017
Nadia Lauro – La souche - La souche 2017
Nadia Lauro – La souche - La souche 2017
Nadia Lauro – La souche - La souche 2017

Note d’intention Jonathan Capdevielle

En 2008, j’ai participé en tant qu’interprète à une fiction radiophonique de France Culture, réalisée par Jean Couturier. Il s’agissait d’une adaptation du roman policier « Un Crime », de Georges Bernanos. J’interprétais alors le rôle du curé de Mégère. A l’époque, j’avais été très frappé par cette œuvre singulière qui traite avec humour noir et émotion la question de l’identité et de la condition humaine.

Je suis natif des Pyrénées, près de Lourdes. J’ai passé mon enfance et mon adolescence dans un village de province. Je me suis frotté dès le plus jeune âge à ces personnages parfois emblématiques de la campagne, à leur franc-parler, à leurs traditions. Enfant, je garde le souvenir d’avoir été fasciné par la figure impénétrable du prêtre, que j’observais à l’occasion des mariages et des enterrements ou lorsqu’ils déambulaient en nombre dans les rues de Lourdes durant les pèlerinages du mois d’août. J’ai encore en moi ces atmosphères, ces images ; ce rapport tendre et difficile à l’arrière pays résonne dans mon travail qui s’articule autour de l’auto-fiction. 

Georges Bernanos décortique avec minutie le caractère particulier de ces territoires isolés et la personnalité de ces villageois. C’est un personnage atypique qui est au centre de l’intrigue, une femme à la mission mortifère qui se cache sous l’habit de dieu et qui agit aux antipodes des principes et des valeurs que prône la religion catholique. L’auteur diffuse sa pensée par la voix du narrateur et celle des différents personnages qui gravitent autour du curé. Quitte à le perdre, il laisse le lecteur libre de mener l’enquête aussi complexe et impossible soit-elle.
Le curé de Mégère, interprété par cette femme, exerce un étrange pouvoir de séduction et de persuasion provoquant ainsi une sorte de chaos dans une organisation aux apparences solides. Les histoires personnelles et les failles de chacun des protagonistes sont révélées et leurs sentiments exacerbés. Je pense par exemple à ce jeune orphelin qui se prend d’affection pour la figure ambigüe de l’adulte travesti et entretient avec lui une relation tendre et cruelle, une confiance presque maternelle qui le pousse à agir dangereusement.  

En manipulant la symbolique religieuse et ses icônes, Georges Bernanos invente une enquête policière originale qui manie l’étrangeté, le fantasme et l’effroi tout en préservant un cadre complexe dans lequel les sentiments humains restent ancrés dans le réel. 
Je souhaite mettre en scène le jeu de rôle de cette jeune femme travestie à la personnalité trouble et attachante. Une Héroïne tragique qui tire les fils d’un scénario empirique et qui provoque chez les autres la confusion des sentiments. Je souhaite que les acteurs naviguent dans ce labyrinthe « Bernanosien » en travaillant sur la multiplication des rôles joués et les différentes qualités d’interprétation du texte, qui oscillerai entre réalisme et exaltation. J’aime que les personnages soient par moment traversés par des chocs émotionnels intenses et que la frontière entre la réalité, le rêve ou le cauchemar devienne ténue. Je travaillerai également sur le corps et le mouvement des interprètes au plateau. Georges Bernanos décrit très bien cette énergie physique qui caractérise chacun des personnages du roman.
Bien qu’écrit en 1935, ce roman qui flirte avec le fantastique, déploie des thématiques et des tabous intemporels, qui aujourd’hui encore peuvent poser des questionnements profonds dans le cadre du spectacle vivant. A mon sens, « Un crime » porte un discours à la fois intime et universel et interroge la religion de manière originale. L’ambivalence et l’homosexualité sous-entendues créent le trouble, et l’habit ici ne fait pas le moine. L’auteur nous invite à emprunter des chemins de réflexions de plus en plus troublants, à sortir des sentiers battus de la morale chrétienne. En interrogeant le fonctionnement des différents pouvoirs, le roman met en exergue les préjugés coriaces d’une société contemporaine qui veut tendre vers une certaine normalité.
Il me paraît important de restituer les différents lieux où se déroule l’action, les espaces du dedans et du dehors. Ils agissent sur l’intensité des scènes qui se jouent dans le sens ou ils conditionnent le comportement, l’état physique et mental des personnages. La chambre est souvent le lieu de l’intime, de la confession, de la réflexion, du rêve, du cauchemar, de la maladie et de la mort.
Les lieux extérieurs, comme la campagne, représentent une sorte d’échappée sauvage, dont le climat qui oscille entre mauvais temps, orages et éclaircies, accentue la couleur sombre et romantique des situations et des drames qui se jouent. A la différence du huis clos, la nature a cette capacité à favoriser l’introspection. Afin de révéler les scènes extérieures, je veux créer un mouvement entre celles jouées au plateau et leur continuité hors champs.
Pour mettre en scène ces différents espaces, une scénographie sera créée par la plasticienne Nadia Lauro. Par ailleurs, un travail conséquent sur le son et la lumière sera mis en œuvre afin que le public puisse visualiser le dedans ou s’imaginer le dehors et par un effet de zoom, être le témoin privilégié de l’intimité des personnages.

Jonathan Capdevielle

Credits A nous deux maintenant

conception, adaptation et mise en scène Jonathan Capdevielle

interprétation  Clémentine Baert, Jonathan Capdevielle, Dimitri Dore, Jonathan Drillet, Arthur B. Gillette (en alternance avec Jennifer Hutt), Michèle Gurtner

conseiller artistique – Assistant à la mise en scène Jonathan Drillet

conception et réalisation scénographique Nadia Lauro

construction scénographique Les Ateliers de Nanterre-Amandiers – Marie Maresca, Michel Arnould, Gabriel Baca, Théodore Bailly, Mickaël Leblond

création Lumières Patrick Riou

assisté de David Goualou

création sonore et musicale Vanessa Court, Arthur B. Gillette, Jennifer Hutt, Manuel Poletti

composition musicale Arthur B. Gillette

régie son Vanessa Court

collaboration informatique musicale IRCAM Manuel Poletti 
synthétiseur Modulaire Ray imaginé et construit par Benoit Guivarc’h avec les circuits de Ray Wilson

costumes Colombe Lauriot Prévost

régie générale Jérôme Masson

regard extérieur Virginie Hammel

 

création Théatre Nanterres Amandiers – Festival d’automne à Paris. 2017

production, diffusion, administration Fabrik Cassiopée –Isabelle Morel, Manon Crochemore & Romane Roussel
remerciements Safia Benhaim, Marie Etchegoyen, Lundja Gillette, Laurence Viallet

production déléguée Association Poppydog
coproduction Le Quai Centre Dramatique National Angers Pays de la Loire / Nanterre – Amandiers, CDN (FR) / Festival d’Automne à Paris (FR) / CDN Orléans (FR) / manège, scène nationale-reims (FR) / Théâtre Garonne, scène européenne Toulouse (FR) / Arsenic – Centre d’art scénique contemporain, Lausanne (CH) / Le Parvis scène nationale Tarbes Pyrénées (FR) / Ircam – Paris (FR)
Avec le soutien de King’s Fountain
Avec l’aide du CND – Pantin, de la Villette – Résidence d’artistes 2016, du Quartz, scène nationale de Brest et de Montévidéo, Créations Contemporaines – Atelier de Fabrique Artistique.